L’enseignement professionnel en questions

Le dernier rapport sur la cartographie de l’enseignement professionnel, réalisé par l’Inspection générale de l’Éducation nationale (IGEN) et l’Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la recherche (IGAEN) de Juillet 2016, apporte des éclairages très pertinents sur les contradictions qui traversent la formation professionnelle initiale.

La cartographie de l’offre d’enseignement professionnel se décline (avec options) sur 187 spécialités de CAP, 52 spécialités de BEP, 101 spécialités du baccalauréat professionnel, 58 spécialités du brevet professionnel, 29 spécialités de mention complémentaire de niveau V et 23 de niveau IV, 134 spécialités du brevet de technicien supérieur et 27 spécialités du diplôme des métiers d’art ! Cette grande variété de spécialités assure-t-elle pour autant une insertion quantitative et qualitative des jeunes dans l’emploi et répond-t-elle aux besoins des entreprises ?

Selon les enquêtes du CEREQ et de la DEPP de 2013 et 2014, 57 % des titulaires d’un CAP et 46 % des bacheliers professionnels (sous statut scolaire) sont au chômage sept mois après l’obtention de leur diplôme. Pire : « trois ans après l’obtention d’un CAP, un jeune sur trois est encore en recherche d’emploi. C’est également le cas d’un bachelier professionnel sur cinq. L’entrée sur le marché du travail se fait, de plus, au prix d’une sortie du secteur d’activité pour lequel le jeune a été formé ou d’emplois sous-qualifié ». En creux cette situation semble illustrer également des insuffisances en matière de réponses aux critères de recrutement des entreprises.

En réalité l’offre de diplômes de l’Education Nationale qui découle des travaux des commissions professionnelles consultatives a intégré de nombreux éléments qui caractérisent le contenu des métiers, n’a pas grand chose de commun avec l’offre de formation qui se construit dans les régions. Le rapport souligne ainsi le faible usage des travaux prospectifs régionaux qui sont supposés atténuer le vieil adéquationnisme emploi/formation et contribuer à une évolution qualitative de l’offre en fonction d’anticipations sur les métiers en émergence. En fait : « Les convergences fortes que l’on observe en matière de cartographie de l’enseignement professionnel, notamment dans les spécialités à gros flux, interrogent le caractère opérant du mouvement engagé avec le CRDFP (...) Pour s’en convaincre, il suffit d’observer le décalage qui existe dans toutes les régions entre une concentration des élèves et des apprentis au sein de quelques spécialités – par ailleurs fortement sexuée – et l’existence d’une offre de spécialités qui demeurent largement inexploitées. ». Le rapport constate une situation largement décrite depuis des années : « Quel que soit le secteur concerné (production ou services) à peine 20 % des spécialités accueillent plus de 80 % des élèves de CAP. Neuf spécialités sur 98 accueillent à elles seules plus de la moitié (55 %) des effectifs du secteur de la production. Ainsi, sous statut scolaire, le CAP agent polyvalent de restauration49 (APR) – qui scolarise en nombre (40 %) des élèves issus de l’enseignement adapté – est le CAP qui accueille le plus grand nombre d’élèves dans le secteur de la production. Avec le CAP cuisine, ces deux formations – toutes les deux prises en charge par la 17ème CPC (hôtellerie – restauration – tourisme) accueillent près d’un élève de CAP sur cinq du secteur de la production. ».

Au niveau IV, trois Bac Pro du secteur de la métallurgie captent à eux seuls 40 % des élèves du secteur de la production. Cette concentration est encore plus importante dans les métiers des services ou deux baccalauréats du secteur du commerce et un du secteur des services administratifs et financiers accueillent près des deux tiers des élèves (!!!). À lui seul, le baccalauréat gestion – administration draine plus d’élèves que les deux plus importants (quantitativement) baccalauréats du secteur de la production ! Tout comme pour le CAP, la répartition des élèves au sein de ces formations est particulièrement sexuée. Toutes spécialités confondues, dans le secteur de la production, plus de huit élèves sur dix sont des garçons. Cette situation est inverse dans le secteur des services où sept élèves sur dix sont des filles.

Les choix d’implantation des Bac Pro semblent se déterminer en fonction du spectre large d’activités visées. Mais une ambiguïté subsiste : d’une part on reconnaît la demande de polyvalence et de pluri-compétences des milieux professionnels mais en même temps la préparation aux Bac Pro favorise une logique de poursuite d’études de par le poids de l’enseignement général qui les caractérise.« L’élévation systématique du niveau de formation et la polyvalence qui caractérisent les formations professionnelles qui accueillent les flux de jeunes en formation les plus importants rendent pour le moins illusoire toute tentative de lier ces formations professionnelles et l’environnement économique local dans lequel elles sont censées se développer, contredisant par la même occasion, d’une part, les discours adéquationnistes, d’autre part, la volonté affichée d’une meilleure adaptation des formations aux réalités économiques régionales. »

Le rapport fustige, avec raison, le postulat qui voudrait que la montée en compétences ne s’obtient qu’en préparant le diplôme supérieur à celui qu’on a obtenu. Cette injonction à la poursuite d’études, au prétexte d’acquérir plus de connaissances générales, « disqualifie les certifications intermédiaires prévues dans le cursus du Bac pro » et de fait pénalise les jeunes qui ne parviennent pas à ce niveau. Enfin cette logique tend à rigidifier l’offre de formation de base puisque l’enjeu c’est l’arrivée à l’Université.

Selon le rapport :« On retrouve ici la puissance des mécanismes culturels qui renvoient, en France plus qu’ailleurs, à une hiérarchie implicite des diverses formes d’enseignement, le renforcement systématique de l’enseignement général éloignant inéluctablement les formations professionnelles de leur finalité première, à savoir l’insertion professionnelle. Devant la difficulté de produire et de synthétiser de façon fine une analyse de la relation formation – emploi et contraints par l’existence d’une forte demande sociale de poursuites d’études, les discours font apparaître le renforcement de la culture générale comme le facteur déterminant d’une meilleure adaptation de la formation à l’évolution de l’économie et de l’emploi ».

Ces constats soulèvent la question de la distorsion entre une production pléthorique de diplômes (auxquels il faudrait ajouter les milliers de titres professionnels et les 1200 CQP de branches) et la réalité beaucoup plus restreinte des spécialités de formation implantées réellement dans les territoires : « Dans ce contexte, l’hyper spécialisation (...) qui caractérise un enseignement chargé de délivrer une réponse adaptée aux besoins économiques, est aujourd’hui clairement interrogée ? Non seulement elle contribue à la faible lisibilité de cet enseignement mais elle ne garantit en rien une insertion professionnelle réussie »
Source : Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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