Le redoublement c’est fini !

L'Éducation nationale a soumis en fin de semaine dernière au Conseil supérieur de l'éducation un texte visant à le supprimer. Après quelques aménagements, il devrait être adopté à la rentrée.

Les aménagements portent sur les contradictions qui demeurent entre ce texte et un article du code de l'éducation. Mais les difficultés devraient être aplanies puisque l'article 37 de la loi de refondation de l'école est clair : « Le redoublement ne peut être qu'exceptionnel ».
Autres difficultés
Il n'y a pas que des difficultés juridiques. Rappelons le contexte : cela fait des années que les ministres de droite comme de gauche veulent en finir avec le redoublement. Selon une étude de l'Éducation nationale : « le redoublement s'avère peu équitable et inefficace du point de vue des progrès individuels des élèves. Il affecte négativement la motivation, le sentiment de performance et les comportements d'apprentissage de ceux-ci et les stigmatise : à niveau égal en fin de troisième, les élèves 'en retard' obtiennent de moins bonnes notes que les élèves 'à l'heure', sont moins ambitieux que ceux-ci et sont plus souvent orientés en filière professionnelle. ». En outre il coûterait la bagatelle de deux milliards d'euros par an – c'est plus que ce que l'on consacre à l'ensemble des établissements de l'éducation prioritaire.

Pourquoi cette unanimité ? Car la recherche internationale est à peu près unanime : le redoublement est inégalitaire et inefficace. En France, on a pu le prouver. Prenez deux élèves de faible niveau en CP. Le premier passe, le second redouble. Eh bien en fin de CE1, celui qui est passé aura de meilleurs résultats que celui à qui on a infligé une année supplémentaire. La littérature scientifique internationale regorge d'exemples de ce genre.

Résistances
Mais l'argument ne convainc pas la majorité des enseignants et des parents. D'abord parce que c'est - il faut l'avouer - contre-intuitif, ça heurte les représentations dominantes. Ensuite parce que ça heurte aussi la conscience professionnelle des enseignants. La recherche montre bien qu'une partie de leur attachement au redoublement vient de là : ils se disent qu'envoyer dans la classe supérieure un élève qui ne maîtrise par les savoirs prévus risque fort de perdre pied l'année suivante, et au passage d'entraver le travail des autres élèves, de "ralentir la classe" comme on dit. Ce que résume en ces termes le chercheur belge Hugues Draelants : « S'attaquer au redoublement c'est donc à la fois heurter 'le bon sens' des enseignants et de nombreux parents qui jugent la méthode efficace. »
Petite séance de rattrapage : Hugues Draelants est l'auteur d'une étude qui éclaire bien les blocages sur ce sujet puisqu'elle s'attache aux raisons pour lesquelles les enseignants demeurent majoritairement attachés au redoublement. C'est entre autre à parti de ses travaux que la Belgique francophone a choisi de s'attaquer au redoublement de manière détournée, non pas en l'interdisant mais en aidant les écoles qui mettaient en place des dispositifs qui permettent de l'éviter.

Détection précoce
Des dispositifs qui permettent la détection précoce des difficultés et une prise en charge robuste et immédiate des élèves. C'est aussi le secret des pays comme la Finlande, où on ne redouble pas : la pédagogie est très attentive à ne laisser aucun élève sur le bord de la route dès que les difficultés se présentent. Une fois que vous y arrivez, la question du redoublement, finalement, ne se pose plus. A fortiori, et c'est le cas en Finlande, quand le système éducatif ne passe pas son temps à classer les élèves, à hiérarchiser en permanence, par un système de notes omniprésent. En France, ces dispositifs existent à l'école et au collège. On les appelle les PPRE, les projets personnalisés de réussite éducative. Ils sont censés permettre de construire un programme spécial très centré sur les savoirs fondamentaux. Mais ils ne sont obligatoires que pour les élèves qui redoublent. Donc pour la prévention, c'est raté.

Un vrai changement ?
La loi de refondation ne prévoit pas la suppression totale du redoublement. Elle exclut les décrocheurs ou les élèves qui ont connu une rupture de scolarité longue – pour ceux-là le redoublement sera toujours décidé par les enseignants. Pour tous les autres il faudra l'accord écrit des parents, comme c'est déjà le cas à l'intérieur des cycles dans le secondaire.
Mais si les parents sont aussi attachés que les enseignants au redoublement, ça ne risque pas de changer grand-chose... C'est clairement la faiblesse du raisonnement. Sans parler des amicales pressions qui pourront s'exercer sur eux sur le mode : « Vous faites comme vous voulez, mais en tant qu'en enseignant je peux vous certifier que votre enfant va se noyer l'an prochain ».
On peut faire l'hypothèse que nombre de parents entendront ce genre de conseils, d'autant qu'ils seront exprimés de manière très sincère et convaincue par les enseignants. En somme comme l'écrit François Jarraud dans Le café pédagogique : "Si le redoublement est 'une mauvaise solution à un vrai problème', il faut aussi traiter le problème." Sans quoi rien ne changera.
Source : France info

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